Comme souvent après une affaire de maltraitance, les services de la protection de l’enfance sont montrés du doigt. L’affaire de la fillette de 6 ans, déposée dans le coma aux urgences de Bourges fin décembre alors qu’un placement avait été demandé depuis octobre, ne fait pas exception.
Dans un entretien avec La Gazette des communes, Martine Brousse, la présidente de la Voix de l’Enfant disait :
J’imagine que ce n’est pas évident pour les travailleurs sociaux mais il vaut mieux une mise à l’abri d’un mois, un mois et demi plutôt que d’attendre que l’enquête soit finie, avec le risque qu’un drame se produise.
L’association, qui s’est portée partie civile dans l’affaire de Bourges, voudrait que les placements soient plus systématiques. Elle souhaiterait qu’une liste de critères soit mise en place et que « quand une famille remplit une part de ces critères, on mette l’enfant à l’abri » pendant l’enquête, détaille la présidente. Et de citer en exemple le nouveau conjoint d’une mère connu pour violence.
« Vision un peu simpliste »
C’est « une vision un peu simpliste de la protection de l’enfance », répond Joran Le Gall, président de l’Anas (Association nationale des assistants de service social). Selon lui, la loi permet déjà des placement en urgence : « Les éléments portés à la connaissance du conseil départemental, s’ils sont alertant, sont communiqués au procureur et des mesures provisoires peuvent être engagées. »
« La position de l’association est de dire que le placement est une mesure qui n’est pas anodine. Dans les dernières lois sur la protection de l’enfance, le but était de travailler au maximum avec les familles. Mais bien sûr que dans les cas de maltraitance grave, il n’y a pas d’hésitation », poursuit-il.
Dernier recours
Mais avant d’en arriver à cette éventualité, les travailleurs sociaux privilégient le travail avec la famille, pour éviter les placements. « Le placement doit être une solution de dernier recours. Dans les mesures, il y a une gradation. Le placement doit être la dernière mesure à mettre en œuvre car, en lui-même, il est source de traumatisme pour l’enfant », souligne Joran Le Gall.
L’idée de multiplier les placements préventifs est donc dangereux pour lui. « Cela risquerait dans beaucoup de cas de faire plus de mal que de bien. »
« C’est une décision extrêmement lourde dans le développement psychologique ou psycho-affectif d’un enfant. Il y a un travail de déculpabilisation à mener avec l’enfant notamment. On serait sur des mesures préventives… Et si l’enquête ne donne rien de particulier, il faudrait expliquer à la famille et à l’enfant qu’on s’est trompé, que c’était “au cas où”. C’est peut-être un peu disproportionné par rapport à ce qui peut déjà se faire, et qui fonctionne. »
Quel travail serait-il alors possible d’entamer avec la famille, disloquée sans raison le temps de l’enquête ?
Dans un post de blog, Didier Dubasque, ancien président de l’Anas et membre du Haut conseil du travail social (HCTS) résume la situation des travailleurs sociaux de la protection de l’enfance :
Quand tout va bien, ils abusent et sont suspicieux et quand tout va mal, ils ne voient rien, aveuglés par l’idée que les familles ne sont pas responsables de ce qui se passe.
Thèmes abordés

