
« Je me suis inscrite car la démarche était simple. Je n’ai eu qu’à remplir un formulaire en ligne », confie Isabelle, 24 ans, étudiante en histoire de l’art et habitante de l’Essonne (91). Elle a fait le déplacement ce soir pour « faire quelque chose pour ces personnes que l’on voit dans la rue ou dans le métro sans pouvoir les aider. »
Respecter les personnes interrogées
La formation est dispensée par deux représentantes de la Direction de l’action sociale, de l’enfance et de la santé (DASES) de la ville de Paris. L’accent est mis sur le respect de la personne : ne jamais la tutoyer, ne pas la réveiller si elle dort, ne pas s’introduire dans une tente, considérée comme un espace de vie privé.
Au-delà du décomptage, des questionnaires distribués aux bénévoles devraient permettre une évaluation qualitatives des sans abri – depuis combien de temps ils sont à la rue, ont-ils déjà été hébergés dans un dispositif, ont-ils fait appel au 115…
N’oublier aucun recoin
Les bénévoles disposent également d’une fiche de signalement pour les situations de personnes en détresse, ainsi que du Guide des solidarités de la ville de Paris qu’ils peuvent remettre aux personnes désireuses.
L’arrondissement a été divisé en 21 secteurs confiés à 21 chefs d’équipes, bénévoles également, mais disposant des compétences dans le travail social – assistantes sociales, médecins, directeurs d’établissements médico-sociaux. Chacun sera accompagné de 2 à 5 bénévoles. « Il ne faut oublier aucune rue, aucun recoin », remarque Sophie, assistante sociale et cheffe d’équipe qui examine attentivement le plan de son secteur.
Elle participe à l’opération car « c’est quelque chose de nouveau, qui n’a jamais été fait » et qui, espère-t-elle, permettra de proposer des solutions aux sans abris.
Un décompte sûrement plus proche de la réalité pendant l’été
A 22 heures, après une collation, les équipes s’en vont arpenter les rues sous une pluie fine. Michel, chef d’équipe et directeur d’une maison de retraite à Paris, est accompagné de 4 jeunes et d’une retraitée. Au bout d’un quart d’heure, son équipe repère un sans abri près de l’entrée d’un immeuble.
Deux jeunes filles de 20 ans, étudiantes en droit et en science politique, s’approchent. Elles expliquent leur mission, proposant de remplir le questionnaire. « Je suis SDF, ce n’est pas de ma faute, ce n’est pas de la vôtre », répond-il, et tourne le dos, signifiant son refus de discuter.
Il sera donc juste décompté. Peu de SDF ce soir aux alentours de Denfert-Rochereau. « Je pense que cette opération aurait-du être menée l’été car avec le grand froid, nous avons beaucoup de personnes hébergées. L’été, le décompte aurait été plus juste », estime Aurore, cheffe d’équipe, travaillant au 115 de Paris.
Une méthode inspirée de celle de New-York
La capitale a été divisée en 350 zones à quadriller par les bénévoles, sauf les Bois de Vincennes et de Boulogne, les gares, métros et hôpitaux, pris en charge par la SNCF, la RATP et l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP).
Cette opération d’envergure, inspirée par les exemples de New York, de Bruxelles ou d’Athènes, a été initiée par la ville de Paris en concertation avec une cinquantaine d’associations. Leurs attentes sont à la hauteur de l’enjeu. « Cette opération n’aurait de sens que si elle est suivie de politiques transpartisanes adaptées », estime Pierre Henry, directeur général de France Terre d’Asile. Il salue la participation de Parisiennes et de Parisiens à la démarche.
« C’est le regard des citoyens qui fait bouger les politiques et leurs représentations ». Eric Pliez, président du Samu Social de Paris attend également les suites du décomptage : « J’attends un programme qui va progressivement vers le logement de ces personnes. Cela prendra quatre ou cinq ans, le temps d’une mandature. »
Thèmes abordés




