Le rapport annuel sur le mal-logement de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (Onpes), présenté le 2 mai, illustre la crise du logement par de nouveaux critères. Il estime à 2,5 millions les mal-logés en fonction du taux d’effort net d’aide, consenti par les ménages pour se loger.
En premier lieu, le rapport annuel de l’Onpes « Mal-logement, mal-logés » constate une amélioration des logements pour toutes catégories de revenus. L’absence de confort sanitaire de base est devenu marginal y compris pour les ménages à bas revenus (moins de 1100€ par unité de consommation en 2013). En 2013, seuls 1,6% des logements étaient privés de confort sanitaire de base contre 9% en 1996. Cependant, le surpeuplement qui touche les familles pauvres, à hauteur d’environ 20%, vient nuancer ce constat.
Un taux d’effort net pour se loger élevé
Afin de parler du mal-logement, l’Onpes retient le critère de « taux d’effort net des aides au logement », consacré aux dépenses de logement. Alors qu’il reste stable pour l’ensemble de la population (16 % en 2001, 18,38 en 2013), il augmente chez les plus pauvres. Il a notamment cru dans la catégorie des ménages à bas revenu : il était de 33,6% en 2013, +7,4 points depuis 2001.
La catégorie des ménages modestes (entre 1100€ et 1560€ mensuels) est également touchée : un taux d’effort net à 24% en 2013, en augmentation de 3,4 points depuis 2001. Parmi les ménages à bas revenu, les accédant à la propriété, les plus malmenés par la crise financière de 2008, fournissent le taux d’effort le plus élevé : 54,6% (+17,7 points). Dans le parc social, le taux d’effort des ménages à bas revenus reste contenu (27,8%, +5,4 points).
La taille de la ville habitée a également des conséquences sur le mal-logement. Le taux d’effort net des ménages à bas revenus et modestes augmente avec la taille de la commune. Il est de 61,7% en 2013 à Paris (+16 points depuis 2001), de 45,2% pour les collectivités de plus de 100 000 habitants (+11 points depuis 2001), de 35,3% dans les communes rurales (+8 points depuis 2001).
Sentiment d’insécurité
Dans son hypothèse de travail, Onpes considère les ménages qui consacrent plus de 40% de leur revenu au logement comme mal-logés : ils étaient 2,5 millions en 2013. Selon le rapport, le reste à vivre pour les ménages pauvres s’élève à 340€ par mois en 2011, ne dépassant pas 170 € pour un quart de cette population.
La hausse des dépenses « contraintes » procure un sentiment d’insécurité chez les personnes. Preuve de la dégradation de leurs conditions de vie et de leur précarité : un cinquième des ménages pauvres dépenseraient davantage pour l’alimentation, si leurs ressources augmentaient, ce qui n’est pas du tout le cas des autres catégories.
Mieux connaître les « invisibles »
La deuxième partie du rapport est consacrée aux formes particulières d’habitat : les personnes contraintes à être hébergées chez un particulier (437 000 en 2014), les personnes vivant dans des habitations mobile ou de fortune (231 000) et les personnes reconnues sans domicile (112 000). L’ensemble de cette population est en augmentation de 12% depuis 2001.
Le rapport souligne la difficulté de prendre en compte les personnes vivant en habitation de fortune, qui restent invisibles, et recommande aux collectivités territoriales d’établir un diagnostic de leurs besoins et de leurs capacités face au logement. Paradoxalement, les sans domiciles, auxquels une enquête spécifique est dédiée depuis 2001, sont mieux connus : l’on y constate une augmentation de familles avec enfants et de personnes étrangères.
Une hausse de la non-sortie de l’hébergement
Dans sa troisième partie, le rapport revient sur les parcours « ascendants », allant de l’hébergement d’insertion et de stabilisation vers un logement de droit commun. Le taux de sorties(1) des personnes hébergées révèle un second seuil de la gravité du mal-logement. Il a baissé de 33,3% en 2008 à 28,4% en 2012.
Surtout, on note une hausse notable du taux de non-sorties – 43,9% en 2012 contre 34,9% en 2008. Le taux de sorties dépend également du degré de tension du marché du logement. Ainsi, il est de 17,2% en Ile-de-France en 2012, alors qu’il s’élève en moyenne à 30% dans les autres régions (42,3% en Nouvelle-Aquitaine).
En conclusion, le rapport préconise du renforcement de l’offre locative dans les territoires tendus, et souligne l’importance de l’accompagnement des personnes mal logées par des professionnels dans l’accès au logement ordinaire.
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Notes
Note 01 Taux de sorties : part des personnes hébergées par un établissement au 1er janvier de l’année, qui l’ont quitté pour une autre destination au cours de l’année. Retour au texte




