La création d’un revenu de base est-elle de nature à remettre sur le chemin de l’emploi ceux qui en sont éloignés ? La réponse est non, clairement non. Le revenu de base s’apparente, au contraire, à un immense gâchis de talents et de compétences. Il risque d’installer une partie de nos concitoyens dans l’isolement. Il continuera à entretenir l’opposition stérile entre ceux qui travaillent et paient l’impôt et ceux qui perçoivent les revenus de la solidarité. Il ignore le poids toujours plus lourd de la dette abyssale de notre pays en entretenant l’illusion que nous pourrions vivre, demain, des seules redistributions sociales, sans jamais nous demander ce qui crée la richesse et ce qui donne, en définitive, du sens à nos existences.
Manque d’accompagnement vers l’emploi
Face aux enjeux de société, le revenu de base ne ferait rien de plus, au fond, que renforcer une logique d’assistance, par ailleurs particulièrement coûteuse, au détriment d’un véritable accompagnement vers l’emploi. Notre société doit révéler les talents et les compétences. Elle doit permettre à chacune et à chacun de trouver sa place ! En 2017, plus de 330 000 emplois n’ont pas été pourvus en France. En octobre de la même année, 38 % des entreprises déclaraient rencontrer de vraies difficultés à recruter. Ce chiffre atteint jusqu’à 58 % dans les secteurs du bâtiment, de l’hôtellerie et de la restauration, confirmant que notre pays ne manque pas d’emplois mais d’accompagnement vers l’emploi ! Pour le dire en un mot, plutôt qu’un revenu pour tous, c’est le travail pour tous que nous devons atteindre. C’est cet objectif qui doit être la grande avancée sociale du XXIe siècle.
Un dispositif rénové doit voir le jour
Loin d’être une utopie, le travail pour tous repose sur l’activation des politiques et des dépenses de l’emploi. En remplacement du RSA, un dispositif rénové doit voir le jour, fondé sur un socle identique pour tous composé d’une activité de quelques heures à un temps plein, d’un accompagnement personnalisé et d’une prestation financière qui permette de compléter, au cas par cas, les besoins spécifiques de chacun. C’est le circuit court de l’emploi qui doit être activé pour une optimisation du placement à l’emploi et un rapprochement de l’offre et de la demande.
Je note enfin que, s’agissant du revenu de base, l’expérimentation proposée serait accessible dès 21, voire 18 ans (*). Est-ce le seul horizon que nous ayons à proposer aux jeunes de ce pays alors que nous devrions, au contraire, faire croître en eux le désir d’entreprendre, de s’engager, bref de prendre leur vie en main ?
S’appuyer sur l’échelon départemental
Les départements, j’en suis convaincu, ont bien mieux à offrir. Proches, efficaces, adaptés aux parcours de vie de nos concitoyens, ils disposent de toutes les qualités pour accompagner vers l’emploi. C’est le sens des propositions que j’ai présentées à mes collègues de l’Assemblée des départements de France. Elles invitent à réinventer notre modèle social en s’appuyant sur l’échelon départemental en lien avec le bloc communal et le tissu économique de proximité qui reste le seul à pouvoir garantir, en tout lieu du territoire, l’inclusion de nos concitoyens.
Frédéric BIERRY est aussi président de la commission « solidarité et affaires sociales » de l’Assemblée des départements de France.
(*) Parmi les différents scénarios que les treize départements de gauche qui veulent expérimenter le revenu de base, il est proposé de faire varier l’âge à partir duquel un individu est éligible à l’aide : 21 ans ou 18, ndlr.
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