A la lumière de la colère des gilets jaunes qui s’exprime depuis plusieurs semaines, peut-on dire que les élus locaux ont été les premiers capteurs de cette colère ? Eux qui dénoncent depuis longtemps la baisse des dotations et son impact sur le service public…
En prise directe avec les populations des classes populaires et des petites classes moyennes dans les territoires qui souffrent, les maires ont sans doute perçu assez tôt la colère monter. Je pense qu’ils s’en sont fait l’écho, depuis plusieurs mois et même plusieurs années. L’exécutif, comme les précédents, mais en particulier celui-là, est resté sourd. Les élus locaux ont eux-mêmes été les premières victimes d’une pratique hypercentralisée du pouvoir. Le macronisme dans les territoires s’est en effet incarné à la fois via une rationalisation budgétaire et une hypercentralisation des décisions.
Tout cela a conduit à une réelle désaffection voire une franche opposition qui s’est durcie ces derniers mois via des congrès et des prises de parole lors desquels les élus locaux ont dénoncé une pratique du pouvoir néojacobine. Pour autant, à présent un peu plus contraint et forcé, l’exécutif va-t-il basculer sur une pratique de gouvernance plus girondine ? Rien n’est moins sûr, il faudrait pour cela des gestes forts.
Dans le même temps, les Gilets jaunes ont existé grâce aux réseaux sociaux, et en dehors des corps intermédiaires, y compris des élus locaux…
Certes, les élus locaux ont été à certains moments des capteurs de la souffrance, mais ils n’ont pas été les vecteurs de cette mobilisation qui s’est d’abord faite via les réseaux sociaux et la mobilisation spontanée de citoyens. Maintenant que nous entrons dans une logique de sortie de crise, les élus cherchent à incarner les canaux d’une représentation qui permet de prendre le pouls de la société, de recueillir des doléances, des revendications, les trier, les mettre en forme, et finalement assumer un rôle qui manque à ce gouvernement, celui de relais sur le terrain. Le président de la région Bretagne a par exemple annoncé récemment la tenue d’une conférence sociale réunissant le Medef, les représentants syndicaux et les gilets jaunes.
Ils cherchent donc encore à construire leur rôle ?
Ils ont été surpris, comme tout le monde, par la rapidité et l’ampleur du mouvement. Le tournant quasi insurrectionnel que l’on a connu samedi dernier les a transformés en médiateurs, en corps intermédiaire qui joue un rôle entre la colère sourde de la société civile qui souffre, et un gouvernement central qui n’est plus tout à fait en mesure d’être écouté.
Leur rôle est désormais de formaliser et construire ce que pourrait être le nouveau contrat social, civique et écologique. Ils peuvent bâtir le nouveau récit territorial d’organisation des services publics, qui va supposer des efforts, certaines fusions et mutualisations. Ils ne doivent pas seulement recueillir les doléances, mais être proactifs et se demander : que puis-je faire pour que le service public de demain soit ressenti comme au moins aussi efficace ?
Auront-ils cette opportunité avec la « grande concertation » annoncée par Emmanuel Macron ?
Les contours sont encore flous. Si cette grande concertation est organisée par les préfets, on peut dire qu’elle ne servira à rien. Il faut faire très attention à cette concertation, qui pourra se transformer en bombe à retardement si elle aboutit à beaucoup de mobilisation sans possibilité de coconstruire et codécider du futur contrat social. Elle risque alors d’entretenir une frustration collective assez angoissante sur l’avenir du service public, la démocratie, la justice sociale et territoriale en France.
L’AMRF et l’APVF lancent une journée mairie ouverte samedi 8 décembre
L’association des maires ruraux de France et l’association des petites villes de France ont invité leurs élus « à ouvrir leur mairie le samedi 8 décembre 2018 pour recueillir les doléances et les propositions des citoyens ». « Aux réseaux sociaux qui excluent et attisent les tensions, les maires proposent que le contact humain soit privilégié en utilisant la proximité des mairies pour déboucher la surdité de nos gouvernants », précisent-ils dans un communiqué commun.
Les différents ressentis et propositions exprimés feront ensuite l’objet d’une synthèse départementale qui sera ensuite diffusée aux médias et au gouvernement.
Du côté des régions, des initiatives se développent également. Loïg Chesnais-Girard, président de la Région Bretagne, a annoncé la tenue d’une conférence sociale le 18 décembre prochain.
La conférence sociale bretonne élargie se réunira le 18 décembre. Ce lieu original rassemblera l’ensemble des partenaires sociaux, des représentants des élus de #Bretagne et il sera ouvert aux représentants que proposera le mouvement des #giletsjaunes. 2/2
— Loïg Chesnais-Girard (@LoigCG) 5 décembre 2018
Thèmes abordés





