Opération reconquête des élus locaux saison 2. Après le lancement en octobre du grand ministère des Territoires de Jacqueline Gourault, Emmanuel Macron a convié ce 10 décembre les patrons d’associations d’élus locaux. Au même titre que les représentants des syndicats, du Conseil économique, social et environnemental et du Parlement, les édiles ont été invités à apporter leur contribution à la résolution de la crise des gilets jaunes. Un échange-fleuve, de plus de quatre heures au cours duquel Emmanuel Macron n’a soufflé mot du contenu de son allocution télévisée de 20 h. Le Président a simplement souhaité « construire un nouveau compromis national à ciel ouvert ». Un consensus qui reste à établir.
Si toutes les associations d’élus ont souhaité une sortie de crise, leurs représentants n’ont pas mâché leurs mots. Certains d’entre eux se sont même faits les porte-voix des gilets jaunes qui occupent les ronds-points de la France rurale et péri-urbaine. « L’Etat n’a plus aucun crédit vis-à-vis de la population », a jugé le patron de l’Association des maires ruraux de France, Vanik Berberian (Sans étiquette). Le patron de Régions de France Hervé Morin (UDI) s’est, lui, élevé contre le poids accordé à la technostructure.
D’après plusieurs sources convergentes, son collègue des maires de France François Baroin (LR) a rappelé le passif entre l’Etat macronien et les élus locaux. Un propos dans le droit fil du combat contre « l’ultra-centralisation » que mène Territoires Unis, le club qu’il a formé avec l’Assemblée des départements de France et Régions de France.
Les critères de Maastricht sur la sellette
François Baroin a appelé Emmanuel Macron à prendre des libertés avec les critères de Maastricht. Il a même fait une offre de service pour plaider, au côté du Président la cause de la France à Bruxelles. Une démarche qu’approuve son collègue de l’Association des petites villes de France, Christophe Bouillon. Pour le député socialiste aussi, il faut « desserrer l’étau budgétaire européen ».
Par ailleurs, Christophe Bouillon a souhaité corriger les dommages collatéraux de la « métropolisation galopante ». Vanik Berberian en a profité pour prôner des dotations versées par l’Etat aux collectivités : « Aujourd’hui, un habitant touche deux fois plus en ville qu’à la campagne. Il faut que cela cesse. Le but de tout ça, ce n’est pas de construire une piscine et une salle de spectacle dans chaque commune, mais de garantir une offre de transport, partout. » De son côté, le président de l’Assemblée des communautés de France, Jean-Luc Rigaut (UDI), a souhaité sortir du « bric-à-brac de la fiscalité locale ».
Cahiers de doléance dans les hôtels de ville
Dans cette crise, les édiles se posent en médiateurs. « Entre la démocratie des ronds-points et la démocratie des salons, il y a l’échelon local qui, contrairement au niveau national, n’est pas désavoué », avance Christophe Bouillon. A l’initiative de l’APVF et de l’AMRF, des cahiers de doléance ont été ouverts dans les mairies ce week-end.
Une initiative également reprise par de plus grandes villes comme Saint-Etienne, dirigée par Gaël Perdriau (Ex-LR). Un peu partout, cette démarche sera prolongée durant cette semaine et peut-être même au-delà. « Les gens, qui savent comment on vit, nous considèrent comme leurs porte-paroles naturels », se réjouit Vanik Berberian.
Les édiles feront office d’animateurs des débats locaux que le Gouvernement compte organiser du 15 décembre au 1er mars.
Lors d’une réunion, le 7 décembre avec les associations d’élus, la ministre de la Cohésion des Territoires Jacqueline Gourault s’est engagée en ce sens. Emmanuel Macron l’a confirmé. « Le rôle des élus locaux est capital pour le Président », se réjouit Christophe Bouillon.
Les maires, animateurs naturels du débat
Les maires, « porteurs d’une petite partie de République sont les plus à même à mener ces débats», a considéré Jean-Luc Rigaut. « Il faut y aller à pied, en vélo, en bus s’il le faut », a lancé l’ancien sportif de haut niveau à sa sortie de l’Elysée.
Des remontées de la base en décembre-janvier qui, selon l’ADCF, doivent se prolonger par des assises territoriales dans le cadre des bassins de vie domicile-emploi. Des rencontres à l’échelle, selon les cas, d’une ou plusieurs intercommunalités. C’est là, entre février et mars, dans le cadre d’assises territoriales, que l’ADCF souhaite voir évoquées trois thématiques au cœur de la crise des gilets jaunes : la mobilité, le logement et l’énergie.
« Les conclusions de tous ces échanges ne doivent pas être portées par les préfets de département, mais par la commission nationale du débat public », a précisé Jean-Luc Rigaut. Une approche que ne partagent pas forcément toutes les associations d’élus. L’ADF manifeste naturellement son attachement au cadre départemental. Tel est aussi le cas de l’Association des maires ruraux de France.
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