Après cinq étapes de son tour de France auprès des maires, Emmanuel Macron a-t-il su reconquérir les élus locaux ?
Les élus ont été impressionnés par son pouvoir de séduction et sa maîtrise des dossiers. Emmanuel Macron possède un vrai atout avec le ministre chargé des Collectivités Sébastien Lecornu (NDLR : élu de l’Eure comme Hervé Maurey) qui a un sens politique hors du commun et une connaissance fine des collectivités. Mais son profil est, hélas, rare au gouvernement. La plupart de ses collègues naviguent de leur appartement de fonction à leur bureau ministériel. Ils n’ont aucun poids face à leurs services. Emmanuel Macron a cru bon de ne pas changer les directeurs d’administration centrale. Le résultat de tout ça, c’est que la haute-administration a repris le pouvoir.
Faut-il revenir sur la fin du cumul entre un mandat de parlementaire et une fonction exécutive locale, comme Emmanuel Macron l’a laissé entendre lors de ses échanges avec les maires ?
Oui, bien sûr. A partir du moment où il n’y a pas de cumul d’indemnité, cela n’a rien de choquant. Le non-cumul pour les sénateurs est encore pire que pour les députés. Nous sommes censés représenter les collectivités et nous ne pouvons plus avoir de responsabilités à l’intérieur de l’une d’entre elles ! C’est comme si vous exigiez des dirigeants de la FNSEA qu’ils ne puissent plus diriger leur exploitation agricole. En plus, nous ne rencontrons plus de citoyens comme lorsque nous étions maires.
Constatez-vous une crise de vocation des maires dont seulement 15 % , selon un récent sondage IFOP pour le groupe LR, sont certains de rempiler ?
Ce chiffre est sans doute excessif, mais je constate que de plus en plus de maires, non seulement ne veulent pas se représenter, mais n’ont personne pour assurer la relève. Un phénomène tout à fait nouveau. Le risque, c’est donc que se retrouvent à la tête des communes des gens qui n’ont absolument pas été préparés à la gestion locale.
Non seulement, de plus en plus de maires ne veulent pas se représenter, mais ils n’ont personne pour assurer la relève.
Comment expliquez-vous cette crise des vocations ?
Les maires, qui sont dans la vie active, éprouvent de plus en plus de difficultés à concilier leur travail avec leur mandat. Cela tient aux réunions en journée qui se multiplient au siège des nouvelles grandes intercommunalités parfois situées à plus de 50 kilomètres de leur commune. Les maires éprouvent la nostalgie des petites communautés de communes. Dans de petites municipalités, ils sont « au taquet », dans l’incapacité de faire le moindre investissement. Certains doivent même renoncer à la ligne ADSL de la commune.
Où en êtes-vous de la mission que vous avez lancée au Sénat après la catastrophe de Gênes sur les 200 000 ponts en France ?
Les municipalités gèrent très bien leur patrimoine bâti, mais elles ne considèrent pas la voirie comme un patrimoine. Cela vaut pour les ponts, dont beaucoup de maires ne savent pas le nombre exact dans leur commune. Des ponts sont massivement utilisés par des poids lourds alors qu’ils ne sont pas prévus pour. Il n’y a pas de ligne budgétaire prévue pour les rénover à l’AFITF (Agence française de financement des infrastructures de transport en France). Attend-on, pour débloquer des crédits, une catastrophe, comme on l’a fait pour les tunnels ? Nous souhaitons dès maintenant flécher des sommes dans la LOM (Loi d’orientation des mobilités). Au-delà, il nous faut un plan Marshall pour les ponts.
Les maires éprouvent de plus en plus de difficultés à concilier leur travail avec leur mandat. Cela tient aux réunions en journée qui se multiplient au siège des nouvelles grandes intercommunalités parfois situées à plus de 50 kilomètres de leur commune.
L’Etat en fait-il assez pour résorber la fracture numérique ?
Sur le téléphone fixe, il y a une inquiétude avec la fermeture du guichet qui permettait de financer le très haut débit. 3 millions de foyers en sont aujourd’hui victimes. L’objectif d’un très haut débit en 2020 pour tous ne pourra pas être tenu, car la charge repose avant tout sur les réseaux d’initiative publique portés par les collectivités et parce que les entreprises du secteur manquent de personnel. La situation est encore plus problématique pour le téléphone fixe.
Les mesures incitatives mises en place par le gouvernement pour favoriser l’implantation des professions de santé dans les déserts médicaux vont-elles dans le bons sens ?
Cela fait 25 ans que les gouvernements font cela et que cela ne marche pas. Les membres de la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable réclament, tout au contraire, la fin du conventionnement des médecins qui s’installent dans des zones où il n’existe pas de besoin. C’est ce qui a déjà été fait pour les kinés. L’Allemagne l’a aussi mis en place. Si certains ne sont toujours pas convaincus, on peut a minima lancer une expérimentation.
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Le Sénat, grand protecteur des territoires
Sommaire du dossier
- « Le Sénat vit dans le mythe que les élus locaux l’ont sauvé en 1969 »
- Le Sénat, une machine de guerre contre « l’ultra-centralisation »
- Le Sénat contre la noblesse d’Etat
- La commune, pilier du palais du Luxembourg
- Non-cumul au Sénat : certains partent, beaucoup restent
- Hervé Maurey : « Le non-cumul coupe les sénateurs des citoyens »
- « L’intercommunalité est en train de devenir un machin, comme l’Europe »
- Gérard Larcher : « On ne touche à la Constitution que d’une main tremblante »
- Le Sénat vole au secours des petites communes
- Haute fonction publique : le Sénat s’attaque à la crème de l’ENA
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