La rançon du succès est parfois lourde de conséquences. Alors que l’appétence des Français pour le très haut-débit (THD) permettra aux réseaux d’initiative publique (RIP) d’être rentables, plus d’une trentaine de départements se trouvent piégés, au milieu du guet, sans financement pour achever le déploiement de leurs réseaux. Il s’agit souvent des pionniers ayant opté pour un affermage car, à l’époque, les opérateurs privés n’acceptaient que l’exploitation et la commercialisation.
L’Etat, en créant les appels à manifestation d’engagements locaux (Amel) auprès des opérateurs privés et en suspendant le guichet « fonds pour la société numérique » (FSN), a remis en cause le modèle des RIP basé, jusqu’à présent, sur un financement public très large.
Les Amel, qui ont permis aux opérateurs de déployer un réseau privé à la place du RIP, auraient pu durablement déséquilibrer les acteurs, notamment en réduisant le nombre de prises à commercialiser pour le délégataire. Mais assez peu ont abouti : « Sur les 38 départements qui pouvaient être intéressés par le dispositif, 20 ont lancé une procédure, 8 l’ont attribuée, 10 y ont renoncé ou ont rejeté les offres faites et 2 sont toujours en attente », résume Ariel Turpin, délégué général de l’Avicca.
Des contrats renégociés
Bénéfice inattendu des Amel : des collectivités, qui n’y ont pas donné suite, renégocient à la hausse la redevance de leur délégataire. « Les conditions des premiers contrats étaient moins intéressantes pour les collectivités. Les Amel ont permis de faire bouger les choses et d’entamer des négociations », confirme David El Fassy, président de l’opérateur Altitude infrastructure. La suspension du guichet est beaucoup plus déstabilisante. Nombre de collectivités ne savent plus si une partie de leurs déploiements sera prise en charge.
« Les conventions signées avec l’Etat pour les financements du guichet FSN ne pouvaient pas excéder cinq ans. Impossible donc à l’époque d’inclure tout ce qui avait été planifié après 2021. Nous avons ainsi environ un quart de nos prises, sur un total de 300 000, qui ne sont pas encore financées par le FSN. Soit 20 à 25 % des financements publics hors emprunt », explique Dominique Leroy, directeur général des services du syndicat mixte Seine-et-Marne numérique (25 collectivités, 1,4 million d’hab.).
Construction d’un million de prises
La région Bretagne, elle, se retrouve avec un million de prises FTTH (fibre optique jusqu’au domicile) non financées… « Nous avons été de bons élèves en lançant une procédure Amel dès mars 2018. Mais nous ne sommes pas allés jusqu’au bout car
Article réservé aux abonnés
Gazette des Communes, Club Techni.Cités, Club Finances
Cet article fait partie du Dossier
Le très haut-débit prend son temps pour arriver
1 / 29
article suivantSommaire du dossier
- Menaces sur l’économie des réseaux d’initiative publique
- « Le gouvernement a une vision financière et non politique du THD »
- « On peut utiliser le marché pour faire de l’aménagement numérique » – Sébastien Soriano
- En cartes et en graphiques : comment avance la couverture mobile en 4G en France ? (1/2)
- En cartes et en graphiques : comment avance la couverture mobile en 4G en France ? (2/2)
- Numérique : le new deal proposé par l’Etat aux collectivités et aux opérateurs
- Territoires ruraux : la République déconnectée
- Quel modèle économique pour le méga-contrat de Mégalis pour fibrer la Bretagne
- Téléphonie mobile : « C’est l’intelligence des territoires qui va être au pouvoir »
- En attendant la fibre, le très haut-débit radio s’invite dans 30 000 foyers
- Avec Datamobile, les pylônes poussent en zone rurale et la 4 G devient une réalité
- En Paca, le déploiement du très haut-débit dans la tourmente
- Dans le Gers, le pari gagné d’un bon débit partout et pour tous
- Très haut-débit : les bons comptes du réseau d’initiative publique du Grand-Est
- Le très haut-débit radio à la rescousse des habitations et entreprises isolées
- Le wifi public séduit les territoires ruraux
- Cyril Luneau (Orange) : « L’expertise digitale est remontée à l’interco »
- Cour des comptes : « Il manque 15 milliards pour financer le plan France Très Haut Débit »
- « La couverture du territoire est notre priorité numéro un » – Sébastien Soriano
- Réseaux d’initiative publique : l’appel aux opérateurs
- Internet par les réseaux radio en attendant la fibre optique ?
- Très haut-débit : le RIP alsacien est financé à 64% par le privé
- L’entretien des réseaux de téléphonie en sous-investissement chronique
- Comment accompagner le « Cuivrexit » et passer à la fibre optique ?
- Plan France Très Haut Débit : Numéricâble-SFR chamboule la zone d’initiative privée
- Zones blanches : ces territoires encore éloignés du « vrai » haut débit fixe
- Le Plan France Très Haut Débit, un colosse aux pieds d’argile
- En Eure-et-Loir, le Lab28 veut optimiser l’utilisation de la fibre optique
- Les sénateurs plaident pour la rentabilité des réseaux d’initiative publique
Thèmes abordés






