Recevant à l’Elysée, le 21 février, les présidents de conseils départementaux, Emmanuel Macron s’est exprimé sur la question de la dépendance et le secteur de l’aide à la personne, à domicile et en établissement. « Il faut structurer la filière, ce sont des métiers d’avenir mais il y a des problèmes de recrutement. Ce n’est pas un secteur attractif avec les temps partiels, il vaut mieux parfois ne pas travailler que travailler dans ce secteur [au niveau financier]. »
Puis il a ajouté : « C’est une des branches que nous voulons structurer mais les employeurs doivent prendre leur responsabilité et mieux payer les gens. »
Une phrase, passée inaperçue sur le moment, mais qui a mécontenté les professionnels du secteur. « Plus de 80% des employeurs ne peuvent pas payer plus leurs salariés car ils sont financés par les pouvoirs publics, l’Etat ou les départements », rappelle à La Gazette Pascal Champvert, le président de l’AD-PA (Association des directeurs au service des personnes âgées). « Cela prouve que nous devons le rencontrer. »
Rencontre avortée
Le matin même en effet, l’intersyndicale du secteur de l’aide aux personnes âgées et l’AD-PA avaient cherché à rencontrer le président de la République. Les professionnels voulaient remettre au chef de l’Etat 35 000 pétitions et les 800 motions. « Celles-ci ont été adoptées depuis le mois de janvier dans le but de réaffirmer les revendications urgentes, en particulier l’augmentation des salaires et des effectifs dans les établissements et les services à domicile », précise le communiqué des pétitionnaires.
« Notre demande de rendez-vous était restée sans réponse, nous nous sommes donc présentés à l’Elysée », raconte Pascal Champvert. Le Palais n’aurait pas reçu le courrier… Après négociation, les professionnels ne sont pas reçus, en raison de la présence de journalistes. « Nous avons donc redemandé un rendez-vous, par mail cette fois pour que le courrier ne se perde pas », ironise Pascal Champvert.
« Il n’y a aucun dialogue avec l’Elysée, je n’ai jamais vu cela depuis François Mitterrand. C’est inquiétant que ni le Président ni ses proches ne veuillent nous voir », poursuit-il.
Craintes sur la future loi
Alors que le rapport de Dominique Libault, conseiller d’État, doit être remis mi-mars, les professionnels du secteur s’inquiètent de ce manque d’échanges. « Il y a un début de dialogue, Agnès Buzyn [ministre des Solidarités et de la Santé] nous a reçu, nous avons participé à la concertation de Dominique Libault… Mais sur la méthode, la concertation sur le Grand âge est précurseur de ce qui pourrait se passer sur le Grand débat.
Pour le président de l’AD-PA, les situations entre les professionnels de l’âge et les gilets jaunes sont proches : « La concertation sur le grand âge a été proposée après les grèves de 2018 ; le débat est terminé et nous attendons les conclusions. Si les mesures à venir prennent en compte ce que disent les Français, c’est qu’il y a une logique d’écoute et de réponses. » Un signe qui pourrait être important alors que le Grand débat pour répondre à la crise des gilets jaunes doit prendre fin le 15 mars.
« Mais nous craignons – et on nous l’a déjà un peu dit – que la réponse à la concertation sur le grand âge soit une loi dans un an, qui donnera ses effets dans deux ou trois ans. Si c’est le cas, on se sera moqué de nous… » prophétise le président de l’AD-PA.
L’intersyndicale espère donc désormais pouvoir rencontrer le président de la République avant la remise du rapport Libault. « La vieillesse est l’avenir de chaque Français, il faut que le Président le comprenne et qu’il nous écoute », conclut Pascal Champvert.
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