Reconnu pour ses talents de manager et réputé pour son art du compromis, Jean Castex, président de l’Agence nationale du Sport, va avoir fort à faire pour mettre en musique cette nouvelle structure, installée (1) ce 24 avril 2019, à Saint-Denis. Pour rappel, l’Agence rassemble les principaux artisans du sport français : l’Etat, les collectivités territoriales, le mouvement sportif et le secteur marchand. Tous étant appelés « à travailler de manière collégiale et concertée », selon les mots de la ministre des Sports, Roxana Maracineanu.
Constituée en Groupement d’intérêt public (GIP), cette agence sera dotée d’un budget de 350M d’euros apporté par l’Etat. Cette source unique de financement lui a d’ailleurs valu une remontrance du Conseil d’Etat, concernant le choix de son statut. Celui d’Etablissement public administratif (EPA) aurait été semble-t-il, plus approprié.
Le haut-niveau à l’Etat
Au sein de l’Assemblée générale, les collectivités territoriales compteront 15 représentants, issus de l’Association Régions de France (ARF), de l’Assemblée des Départements de France (ADF), de France urbaine et de l’Association des maires de France (AMF).
Ces dernières semaines, des luttes d’influence sont clairement apparues autour du poids représenté par chacun des acteurs, avec la reprise en main du haut-niveau, par l’Etat. Lequel aura donc 60% des voix sur cette question. « C’est logique puisqu’il s’agit également de la représentation de la France à l’étranger », soulignent de concert, Roselyne Bienvenu et Jean-Paul Omeyer, représentants respectivement France urbaine et de Régions de France. Certes, mais qu’en sera-t-il de la place des 17 CREPS (2) – dont la mission est notamment de préparer des sportifs de haut niveau – transférés aux régions dans la lignée de la loi NOTRe ? « Oui, il va effectivement falloir s’y pencher et regarder leur maillage territorial », concède Roselyne Bienvenu.
L’Agence, pas une fin en soi…
Mais si, dans l’optique des Jeux olympiques de Paris 2024, le haut-niveau semble avoir été mis sur orbite, de nombreuses interrogations – sinon inquiétudes – subsistent sur la partie « développement des pratiques », ainsi que sur son organisation territoriale. « La nouvelle gouvernance ne doit pas se limiter à la création de l’Agence », souligne Patrick Bayeux, l’un des auteurs du rapport sur la gouvernance du sport, remis au Premier ministre en novembre 2018. Autrement dit, « la création de l’Agence n’est pas une finalité mais un moyen. Et l’enjeu est désormais de montrer que la gouvernance partagée au niveau national va avoir des implications immédiates à l’échelle des territoires. Il faut donc enclencher ». Et ce dans un contexte où les moyens financiers ne sont pas encore clairement répartis… « La crainte pour les collectivités est que l’effet incitatif de l’Agence ne soit pas à la hauteur des enjeux en termes de développement des pratiques », poursuit-il.
Roselyne Bienvenu demande elle, de « la patience. On ne change pas en 18 mois, un modèle vieux de 60 ans ». Mais elle ne nie pas l’ampleur du chantier. « Pour faire du sport une compétence partagée, il va falloir que l’alliance des territoires s’opère. Et sur ce plan, je le dis, nous ne sommes pas au point », conclut-elle.
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Notes
Note 01 Arrêté du 20 avril 2019 portant approbation de la convention constitutive du groupement d'intérêt public dénommé « Agence nationale du sport » : https://bit.ly/2GEyIMg Retour au texte
Note 02 Centre de Ressources, d'Expertise et de Performance Sportive Retour au texte




