Pourquoi ce voyage d’une délégation de l’Aneld aux Etats-Unis ?
C’est la seconde fois que nous nous rendons aux Etats-Unis après un premier séjour à Chicago en 2009, juste avant l’investiture de Barack Obama. Cette fois, nous avons rencontré le maire de Washington ainsi que celui de Baltimore, deux des plus grosses villes américaines dirigées par des Afro-américains. Nous nous sommes entretenus également avec le conseiller de Barack Obama chargé des questions de communautés ainsi qu’avec plusieurs acteurs économiques et sociaux. L’idée est de s’inspirer des bonnes pratiques, d’analyser les programmes mis en place par les entreprises ou les pouvoirs publics pour faire émerger des jeunes issus de la diversité. Mais aussi de voir de quelle façon ils ont réussi à faire changer les mentalités. La French American Foundation (lobby oeuvrant au rapprochement transatlantique, ndlr) a grandement contribué au financement et à l’élaboration du programme. L’ambassade des Etats-Unis en France a également participé.
Pourquoi les questions de diversité ont-elle tant de mal à émerger en France ?
La diversité fait peur. La France a un problème avec son histoire et a toujours du mal à reconnaître la richesse apportée par les enfants d’immigrés. Il s’est écoulé 60 ans entre Rosa Park et Barack Obama. Les accords d’Evian vont avoir 50 ans et un Algérien est toujours soupçonné de cacher un moudjahidin. On aurait même tendance à revenir en arrière et des événements comme la marche des Beurs sont aujourd’hui quasi oubliés. Ensuite, il y a la crainte du communautarisme, qui est perçu comme une menace pour le modèle républicain. Mais la vraie menace, c’est qu’en n’acceptant pas que des gens puissent être Français et musulman ou Français et Algérien, la société crée des apatrides en son sein. Il faut que les jeunes issus de la diversité puissent assumer ce qu’ils sont et ce que leurs parents ont été, leur histoire, leur religion…
Quelles solutions préconisez-vous pour améliorer la représentation des minorités visibles en France ?
Je crois qu’il faut en passer par les statistiques ethniques qui sont un préalable à une politique de discrimination positive. Les quotas expérimentaux ne m’effraient pas. On a essayé les symboles, mais ça n’est pas suffisant, car quelques exceptions servent de caution. Tous les partis politiques sont aujourd’hui prêts à signer des chartes, mais pas à placer des jeunes issus de la diversité en position éligible. En 2009, avant les régionales plusieurs membres de l’Aneld ont lancé un appel aux partis dans ce sens, mais n’ont pas été suivis. Je suis par ailleurs favorable à l’inscription du concept de diversité dans le préambule de la Constitution (idée soutenue par Nicolas Sarkozy en 2008), car je crois vraiment que l’absence de reconnaissance de la diversité est une injustice fondamentale.
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