Il n’y avait guère que quelques maires médecins de profession pour défendre la liberté d’installation de leurs pairs lors de la table ronde sur le projet de loi « Hôpital, Santé, Patients et Territoires (HSPT), organisée le 26 novembre au Congrès des maires.
La grande majorité de l’assistance a vivement interpellé sur la question le représentant de l’Etat, Jean-Marie Bertrand, secrétaire général des ministères chargés des affaires sociales, (SGMCAS), mais aussi le docteur Irène Kahn-Bensaude, membre du Conseil national de l’ordre des médecins, venue présenter une étude alarmante sur la démographie médicale (lire encadré ci-dessous). Le projet de loi HSPT ne remet pas en cause cette liberté des médecins. « C’est un archaïsme ! », a lancé Pierre Ménard, maire de Chaponost (Rhône).
On demande bien aux jeunes instituteurs d’aller là où l’on a besoin d’eux. Pourquoi ne pas demander la même chose aux jeunes médecins ? ». Une intervention qui a suffit pour libérer la parole. « Il faut bien reconnaître que toutes les mesures incitatives tentées jusqu’à présent ont échoué. Le moment est venu de poser cette question taboue », a convenu Isabelle Isabelle Maincion, maire de la Ville-aux-Clercs et élue communautaire du Pays vendômois (Loir-et-Cher), néanmoins soucieuse de préserver le dialogue avec les professionnels de santé.
« Dissuadons les médecins à ne pas choisir la région Paca et l’Ile-de-France ! Il faut des mesures en ce sens », a renchéri Gérard Szostak, vice-président de la communauté de communes du Diois (Drôme) et médecin rural. Une infirmière libérale, maire d’une petite commune a quant à elle reproché aux médecins leurs « exigences, qui dépassent nos moyens ». Et de décrire la « luxueuse » maison médicale, construite dans sa commune, que veulent vendre les praticiens, bientôt retraités, à un prix trop élevé pour trouver acquéreurs. « Pourquoi les médecins seraient-ils les seuls à ne pas se soumettre à des contraintes ? », a-t-elle demandé, sous une salve d’applaudissements nourris.
Les maires médecins ont pris la parole pour donner leur version du problème : « On construit des maisons médicales un peu partout, mais il nous faut trouver des confrères pour les occuper. Or nous n’en trouvons pas. Les jeunes ne veulent plus exercer en libéral, car ils savent qu’ils seront noyés sous les tâches administratives », a fait valoir un maire médecin rural, qui a précisé qu’il avait fait appel à une « agence privée » pour qu’elle lui trouve un médecin étranger pour la maison médicale de sa commune. Un témoignage également très applaudi.
Jean-Marie Bertrand a tenté de calmer le jeu en évoquant de possibles « mesures incitatives » que pourraient introduire les parlementaires par le jeu des amendements. Hypothèse vite contestée par l’assistance. Quant à Irène Kahn-Bensaude, elle n’a fait que raviver l’humeur batailleuse des maires en invoquant le statut libéral de la profession et le libre choix des médecins. « Si vous introduisez des mesures coercitives, vous aurez encore moins de médecins, » a-t-elle mis en garde sous un début de huées.
En 2008, la démographie médicale franchit un seuil alarmant
Pour la première fois, il y a eu au 1er janvier 2008, 0,5% de plus de médecins partant en retraite que de jeunes qui s’installent. C’est une des conclusions de l’état des lieux réalisés tous les ans par le Conseil national de l’ordre des médecins sous forme d’atlas. Une étude présentée par le docteur Irène Kahn-Bensaude le 26 novembre au Congrès des maires. Pour la première année également, la région Paca devance la région Ile-de-France pour ce qui est de la densité médicale. La Picardie et la Haute-Normandie sont les deux régions les plus mal loties. L’étude montre aussi que la mauvaise répartition géographique des praticiens ne fait que se renforcer : les nouveaux entrants dans la profession s’installent dans les territoires déjà bien dotés. Quant aux médecins retraités qui conservent une activité, ils exercent . « au soleil et en Ile-de-France », a souligné Irène Kahn-Bensaude. « Il n’y a pas de pénurie de médecins, a-t-elle conclu. En revanche, ils sont très mal répartis, et les médecins libéraux sont trop peu nombreux. »
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