Le maire de Grenoble (PS) revient tout particulièrement sur la récente création de l’agence de financement des collectivités qui doit permettre aux agglomérations de continuer à soutenir leurs investissements, malgré le resserrement du crédit bancaire.
La situation sociale difficile pèse-t-elle sur les grandes villes ?
La période de crise qui dure depuis 2008 touche particulièrement les grandes villes et les agglomérations du fait de l’évolution de la « carte de la pauvreté » : hier, les crises touchaient principalement des âgés ruraux. Aujourd’hui, ce sont beaucoup des jeunes en milieu urbain, issus de familles étrangères, monoparentales, qui habitent principalement dans les agglomérations. Un exemple : en Isère, Grenoble concentre deux fois plus de bénéficiaires du RSA que dans tout le reste du département ! Avec la multiplication des poches de pauvreté, nous sommes le réceptacle des « chutes » sociales et en même temps, les collectivités restent à l’origine de 72 % des investissements publics.
Comment les agglomérations peuvent-elles faire face financièrement ?
Le manque de ressources est évident. En 2008, grâce au remboursement anticipé du FCTVA, nous avions réussi à maintenir un haut niveau d’engagement des collectivités. Mais en 2010, les investissements ont chuté de 5 % ! La situation financière se tend avec un resserrement des prêts bancaires. D’abord au niveau du crédit : pour un appel d’offre de 10 millions d’euros, on recevait hier 5 à 6 réponses contre seulement deux aujourd’hui, et encore, pas pour la totalité de la somme. Mais aussi sur les taux : le crédit se fait rare et cher.
Les collectivités ne sont plus considérées comme des clients sûrs par les banques ?
Nous sommes des clients quasiment sans risque, mais nous n’avons pas de dépôts : nous ne sommes que des emprunteurs. Sans compter qu’aujourd’hui, toutes les banques sont touchées par la situation financière en Europe et par les emprunts grecs.
C’est ce contexte économique et financier qui rend nécessaire la création d’une agence de financement ?
Oui, même si elle ne va pas couvrir l’ensemble des besoins financiers des collectivités. Nous avons décidé d’instaurer un plafond de 50 % maximum par collectivité et uniquement pour financer les investissements. Car en la matière, nous sommes vertueux, nous n’avons pas besoin de règle d’or… Il s’agira d’une société capitalisée par les collectivités elles-mêmes sous forme d’EPIC.
Sera-t-elle un outil pour protéger les collectivités de certains produits financiers à risque ?
Oui, car nous n’allons pas nous lancer dans des financements basés sur des formules liées aux devises étrangères ou dans des produits spéculatifs.
Quels seront les liens de cette agence avec l’Etat ?
Si l’Etat souhaite la reconnaitre par une labellisation, nous n’y voyons pas d’inconvénient. Mais la réalité est que la signature de l’Etat est aujourd’hui moins sûre que celle des collectivités : nous n’empruntons que pour les investissements. Par contre, nous aurons besoin que la Caisse des dépôts fasse la jonction avec 2012 en mobilisant, pour les collectivités, les fonds d’épargne.
L’agence ne risque-t-elle pas de pâtir de l’inégale qualité de signature des collectivités ?
Les banques ne prêtent jamais sans regarder le profil du client : de même, nous ne prêterons pas sans analyser la situation des collectivités demandeuses, la diversité de leurs financeurs, leurs garanties, etc. La règle étant que nous n’aurons pas le monopole du financement d’une collectivité : il faut des financements diversifiés, car il ne s’agit pas de faire la guerre aux banques.
Avec des ressources fiscales appelées à stagner du fait de faibles prévisions de croissance, les collectivités vont-elles devoir lancer des plans d’économies drastiques ?
La fiscalité est très variable selon les agglomérations, selon qu’il existe une fiscalité additionnelle ou non. Notre grande crainte réside dans un désengagement de l’Etat sur la compensation des taxes ménage. Après, il s’agit de choix politiques des collectivités : certaines voudront réduire la voilure, d’autres non, par peur de casser la croissance.
Qu’en est-il pour votre ville, Grenoble ?
La ville a une politique assez volontariste en matière de développement économique, mais doit en même temps faire face à d’importantes charges sociales : politique de la ville, logement social, précarité, etc. L’équilibre a été relativement bien trouvé. Mais alors que notre croissance est supérieure à la moyenne française, notre croissance démographique fait qu’on ne réduit pas le chômage à due concurrence de notre développement économique. Car l’agglomération attire beaucoup de gens de l’extérieur, attirés par une ville, certes dynamique, mais qui paye aussi une part considérable au développement de la solidarité.
En matière de péréquation horizontale, vous vous êtes battu pour une photographie de la richesse des collectivités qui soit calculée par strates de population. Avez-vous eu gain de cause ?
Oui, grâce à l’appui de l’AMF et aux arbitrages du Comité des finances locales. Toutes les collectivités ne sont pas égales : l’image de la petite commune pauvre et de la grande agglomération riche ne veut rien dire, tout dépend des charges et des ressources. Les agglomérations et les grandes villes ont des charges très largement supérieures, sans compter les charges de centralité qu’elles sont les seules à supporter en accueillant les universités, les stades, les opéras, etc. Un investissement supplémentaire qu’il faut prendre en compte, ce qui n’enlève rien au caractère équitable de la péréquation.

