Tout est histoire de contexte. Pierre-Charles Pons est revenu sur les conditions dans lesquelles il a été amené à contracter des emprunts toxiques : « Rapidement, la seule solution que nous avons eue pour faire face aux investissements demandés dans le cadre du plan Hôpital 2007 a été l’emprunt. Dans un contexte de faible concurrence entre constructeurs, nous avons été confrontés à une hausse des prix et nous avons donc eu recours aux emprunts structurés. L’offre était séduisante : le taux d’intérêt n’était que de 1%. Cela nous a permis, sur la période 2007-2011, de gagner 9 millions 600 000 euros ».
D’autres directeurs ont évoqué la nécessité d’avoir recours à des produits structurés dans le cadre d’une « gestion active de la dette », comme à l’hôpital de Decazeville, par exemple.
Une facture lourde à payer – Mais si ces outils financiers ont permis aux hôpitaux d’être plus attractifs et d’améliorer la qualité des soins en un premier temps, les effets néfastes se font aujourd’hui sentir.
Dijon a réussi à désensibiliser sa dette (les emprunts toxiques ne représentent plus que 4%) mais tous les établissements ne s’en tirent pas aussi bien.
Ainsi, au CHU de Saint-Etienne, par exemple, les emprunts toxiques représentent 45% de l’encours de dette et la somme à verser pour sortir de ces emprunts s’élève à 160 millions d’euros.
Au centre hospitalier de Decazeville, les intérêts à payer sur l’emprunt le plus toxique (indexé sur la parité euro/franc suisse) s’élèvent à 240 000 euros.
Une solution : mutualiser les informations – Pour l’instant, peu de solutions se dessinent pour renégocier les dettes dans des conditions acceptables. Le directeur de l’hôpital d’Ajaccio, devant l’impasse, a assigné Dexia en justice dès le mois de mai 2010. Mais l’Etat lui a demandé de se retirer afin de pouvoir négocier au niveau national.
De fait, des propositions ont été faites à l’établissement début septembre par Dexia.
Pour les autres, le problème reste entier.
Les directeurs ont tous repris l’idée émise par Frédéric Boiron, président de l’Association des directeurs d’hôpital : la mise en place, sur un territoire, d’une cellule d’experts financiers pour mutualiser les compétences. Les directeurs seraient ainsi mieux armés pour faire face à une situation qui, après leur avoir profité, semble maintenant leur échapper.
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Emprunts toxiques : comprendre l’engrenage
Sommaire du dossier
- Emprunts toxiques : comprendre l’engrenage
- Emprunts toxiques : « Nous exercerons une pression sur les banques » affirme Claude Bartolone
- Emprunts toxiques : décryptage des mesures proposées par la commission Bartolone
- Rapport Bartolone sur les emprunts toxiques : « Bien mais peut mieux faire »
- Avant-dernier acte de la commission d’enquête sur les emprunts toxiques
- La mécanique infernale des emprunts structurés
- Emprunts toxiques à l’hôpital : un outil à double tranchant
- Emprunts toxiques dans les petites communes : les banques présumées coupables
- Emprunts toxiques : le monde HLM relativement préservé
- Emprunts toxiques : les précisions de la Caisse des dépôts sur le futur cadre de financement des collectivités
- Emprunts toxiques : le cas de Saint-Etienne passé au crible des députés
- Emprunts toxiques : la parole est à la défense
- Emprunts toxiques : Dexia, principal « accusé », entendu par les députés
- Emprunts toxiques : les experts éclairent le brouillard des produits structurés
- Emprunts toxiques : l’Etat invoque ses limites

