« Dans notre pays, nous ne parlons plus de projet éducatif. Seule prévaut une logique comptable et gestionnaire. Il est temps de sortir de cette période de disette intellectuelle et de redonner du sens à l’éducation », a affirmé le 2 novembre Colombe Brossel, adjointe chargée de la vie scolaire et de la réussite éducative à la mairie de Paris, en introduction de la conférence de presse de l’Appel de Bobigny qui se tenait à l’Hôtel de ville.
Ce collectif, qui rassemble une cinquantaine d’acteurs de l’éducation (organisations de parents d’élèves, syndicats d’enseignants, associations de l’éducation populaire, mouvements pédagogiques, collectivités locales), a travaillé pendant 3 ans à l’élaboration de propositions pour faire de l’éducation et de la formation une priorité des politiques publiques.
Ces propositions, présentées il y a un an, ont depuis été enrichies de 6 textes complémentaires concernant notamment l’éducation des 0-6 ans et l’autonomie des établissements scolaires.
Marges de manoeuvre locales – Sur ce dernier point, Yves Fournel, président du réseau français des villes éducatrices, a rappelé l’incohérence de l’Etat qui « d’un côté veut transférer aux collectivités locales le coût de l’éducation, et de l’autre recentralise les décisions pour tout contrôler. Nous voulons que les acteurs aient une légitimité à travailler ensemble, dans la durée. Pour cela, il nous faut des marges de manœuvre locales », a-t-il martelé.
Sébastien Sihr, secrétaire général du SNUipp (Syndicat national unitaire des instituteurs et professeurs des écoles) a rappelé qu’autonomie ne signifiait pas dérégulation : « Ce que nous voulons c’est de l’autonomie pédagogique. Notre système éducatif bute sur 15 % à 20 % d’enfants en échec scolaire. Il faut changer les choses ! Il faut permettre des regards croisés pour que les enseignants puissent faire leur métier de façon plus sereine. L’autonomie, c’est justement ce qui fait le sel du métier ! »
Autonomie bien conçue et comprise – Luc Bentz, secrétaire national de l’UNSA Education a pointé du doigt les dotations horaires des établissements, insuffisantes pour développer une logique d’échange et de partenariats avec les acteurs locaux : « Une autonomie bien conçue et bien comprise peut faire changer les pratiques », a-t-il affirmé.
Yves Fournel a par ailleurs insisté sur le fait qu’il n’y avait pas d’avenir à opposer les 0-3 aux 3-6 ans : « Au contraire, a-t-il affirmé, travaillons à davantage d’articulation, élaborons des éléments de formation en commun. Il faut placer l’enfant au centre, et non l’organisation administrative. »
60 maires signataires – Le collectif de l’Appel de Bobigny a consacré l’année écoulée à diffuser ces textes. Tous les partis politiques ont été approchés. Seuls ceux du centre et de droite n’ont pas encore réagi et tous les maires signataires de l’Appel, une soixantaine à ce jour, sont de gauche, a précisé Yves Fournel.
Un premier point sur l’accueil de cet appel par les candidats à la présidentielle sera fait le 24 novembre lors du Salon de l’éducation. « Les hommes politiques sont impressionnés que tous ces acteurs, hier cloisonnés, aient pu ainsi se rassembler autour de propositions concrètes. L’Appel de Bobigny offre un consensus suffisant pour engager rapidement une politique alternative à ce que nous vivons actuellement. C’est un véritable cadeau que nous faisons au candidat qui voudra bien s’en emparer ! » a conclu Yves Fournel.
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