La plate-forme signataire de cet appel s’inquiète du désinvestissement des conseils généraux pour les services de PMI. Qu’en est-il exactement ?
Le contexte financier des collectivités locales marginalise de plus en plus nos services, car il faut bien le reconnaître : la santé n’a pas la priorité des conseil généraux, la PMI étant la seule compétence obligatoire des départements dans le champ sanitaire.
Certains n’hésitent d’ailleurs pas à supprimer purement et simplement leur service de PMI en rattachant les missions des professionnels à l’action sociale ou à la protection de l’enfance. Or, cela est contraire au code de la santé publique : un service de PMI doit être dirigé par un médecin !
Une vingtaine de cas ont d’ailleurs été portés devant les tribunaux administratifs. Il ne s’agit pas là d’une revendication corporatiste, mais bien d’un impératif technique et déontologique. Le secret médical est en jeu, ainsi que la mise en œuvre efficace des politiques de santé sur un territoire.
D’une manière générale, nous constatons que les missions demandées aux professionnels de PMI s’appauvrissent, au détriment de la prévention à destination des mères sortant de la maternité, ou des bilans de santé. Or, aujourd’hui, une femme sur cinq n’est pas suivie sur le plan gynécologique. Dans un contexte général de difficultés d’accès aux soins, la PMI a un rôle extrêmement important à jouer !
Quel bilan faites-vous de la démographie des professionnels de PMI ?
La démographie de la profession est très inquiétante. En 2020, 88% des puéricultrices cadres de santé, 69% des sages-femmes, ou encore 66% des médecins seront partis à la retraite. C’est demain ! Et les départements n’ont aucune politique ambitieuse de renouvellement des effectifs.
Ainsi, concernant les médecins de PMI, le SNMPMI vient de mener une étude qui montre que dans 37 départements, 10% des postes sont vacants. Le manque de statistiques nationales constitue d’ailleurs un problème. Le fait que notre syndicat soit contraint de réaliser ce type d’étude est symptomatique du désinvestissement de l’Etat pour ce dispositif.
Quelles sont les revendications des organisations signataires ?
Nous demandons la création d’une instance nationale à même d’élaborer une politique de promotion de la santé de l’enfant, de l’adolescent et de la famille, avec pour pilote le ministère de la Santé. Nous tenons aussi à maintenir la mixité sociale des familles qui peuvent s’adresser à nous.
La dépression post-partum, les difficultés psychologique ou l’alcoolisme ne sont pas l’apanage des plus défavorisées. Notre rôle ne doit pas non plus se réduire à l’urgence sociale. Nos terrains d’action doivent rester multiples : que cela concerne les bilans santé en école maternelle, l’éveil culturel ou l’accueil du jeune enfant.
La PMI constitue une expérience de santé assez particulière en France : pluridisciplinaire, gratuite, à la jonction de la santé et de l’éducation, de la santé et du social. Son utilité a été reconnue à maintes reprises. Il ne faut pas qu’un tel dispositif disparaisse dans le chamboulement des réformes à venir.
Qu’autant d’organisations, aussi diverses : syndicats et associations de professionnels de la PMI, syndicats salariés, organisations familiales, mais aussi acteurs de la solidarité comme ATD-Quart Monde, se mobilisent pour la PMI est inédit.
Cela montre tous les enjeux sociétaux qui sous-tendent son existence. A l’aube de la présidentielle, il nous semble primordial de le rappeler à nos responsables politiques.




